Dans une zone d'activités tranquille d'Île-de-France, une odeur d'encre et de coton chaud flotte dès le pas de la porte. Ici, on n'imprime pas des logos à la chaîne : on sérigraphie des motifs qui racontent Adinkra, Wax revisité, géométries dogon ou symboles kabyles. Bienvenue dans l'atelier d'un sérigraphe afro qui a fait de la maille son terrain d'expression.
Un atelier comme un laboratoire de couleurs
L'endroit ressemble à un studio d'artiste autant qu'à un atelier de production. Sur les murs, des écrans tendus de soie et de polyester sèchent sous une lumière blanche. Sur les établis, des raclettes, des encres à l'eau aux teintes profondes — indigo, terre de Sienne, vert palmier — et des piles de t-shirts en coton bio, pliés au carré.

Festival du Conte Africain Paris 2026 - Sous l'arbre à Palabre
11 novembre 2026
Espace MAS
La 2ᵉ édition du Festival du Conte Africain – Sous l’Arbre à Palabre se tiendra le 11 novembre 2026 à l’Espace MAS à Paris. Pendant une journée, des conteurs venus de tout le continent africain feront vivre les traditions de la parole et de la transmission. Le public pourra également découvrir un pays invité surprise, ainsi qu’un espace de restauration africaine et d’exposition artisanale pour une immersion culturelle complète.
Le sérigraphe, lui, travaille en musique. Souvent un son qui vient de Lagos, de Kinshasa ou d'Abidjan. « La couleur et le rythme, c'est le même geste », sourit-il en tirant une raclette d'un mouvement net. Un passage, deux passages, quatre passages : chaque couleur a son écran, chaque écran a son alignement au millimètre.
Des motifs qui parlent avant de décorer
Ce qui distingue son travail, c'est la recherche derrière chaque motif. Avant d'imprimer, il dessine, il documente, il échange avec des amis artistes, des aînés, des créateurs. Un motif Adinkra peut évoquer la sagesse ou la bravoure ; un signe géométrique peut rappeler un tissu aperçu chez sa grand-mère.
- Adinkra revisités : symboles akan redessinés en lignes contemporaines.
- Wax recomposé : fragments de motifs classiques assemblés en compositions graphiques.
- Géométries sahéliennes : losanges, chevrons et zigzags inspirés de l'architecture de terre.
- Calligraphies et proverbes : quelques mots en wolof, lingala ou bambara, imprimés en typographie soignée.
Rien n'est folklorique. Tout est pensé pour être porté au quotidien, en Europe, dans un métro, un bureau, un concert. « Je veux qu'on porte un t-shirt et qu'on se sente fier, pas déguisé », insiste-t-il.
Le geste artisanal, du dessin au tirage
La sérigraphie est un art de la patience. On prépare l'écran, on l'enduit d'émulsion photosensible, on insolation, on rince, on laisse sécher. Puis vient le tirage : chaque couleur passe l'une après l'autre, avec un temps de séchage entre chaque couche. Une pièce peut demander plusieurs heures, parfois une journée entière pour les compositions les plus complexes.
Cette lenteur assumée est une signature. Elle permet des finitions que la production industrielle ne sait plus faire : dégradés doux, superpositions d'encres translucides, textures mates ou satinées selon les supports. Le sérigraphe travaille aussi bien le t-shirt que le sweat, la toile de coton, le tote bag ou la casquette — un terrain de jeu qui se prête aux collaborations avec d'autres artisans.
Un savoir-faire qui dialogue avec la diaspora
Dans son atelier, on croise des créateurs de mode, des organisateurs de marchés créatifs, des marques naissantes de la diaspora, des associations culturelles. Tous viennent chercher la même chose : une impression qui a une âme, pas un fichier envoyé à l'autre bout du monde.
Le sérigraphe voit son travail comme une passerelle. Il permet à des marques afro européennes de produire localement, en petites séries, avec un contrôle total sur la qualité et sur le message. C'est aussi une manière de garder la valeur ajoutée en Île-de-France, dans un écosystème créatif qui monte en puissance.
Pour aller plus loin sur ces parcours, parcourez toute la rubrique et découvrez notre grand guide des artisans afro à Paris et en Île-de-France.
Une journée type dans l'atelier
Le matin commence par la préparation des écrans et le contrôle des encres. En milieu de journée, place aux tirages : les pièces s'empilent, encore humides, sur les étagères. L'après-midi, on range, on photographie les nouveautés, on échange avec les clients. Le soir, parfois, on dessine les prochaines collections.
Ce rythme, le sérigraphe le compare à celui d'un musicien qui répète. « Il y a des jours où tout sonne juste, et d'autres où il faut recommencer. C'est ça, l'artisanat. »
Ce que son travail dit de la création afro en Europe
Son parcours s'inscrit dans une dynamique plus large : celle d'une génération d'artisans afro qui fabriquent, en Europe, des objets et des vêtements porteurs de sens. On pense à la Chapeaux sur mesure : le portrait d'une modiste afro qui coiffe Paris d'audace ou encore au Portrait d'un bijoutier afro-descendant à Paris : l'art de créer des pièces uniques entre tradition et modernité. Des univers différents, une même exigence : faire de la culture un matériau vivant, pas un décor.
Comment s'approcher de ce savoir-faire
Vous êtes créateur, marque naissante ou simplement curieux ? Quelques conseils glanés dans l'atelier :
- Pensez petites séries. La sérigraphie artisanale brille sur des tirages limités, numérotés, soignés.
- Choisissez des supports durables. Coton bio, coton lourd, toiles épaisses : la matière fait la moitié du travail.
- Travaillez le motif en amont. Un bon dessin vectoriel simplifie tout et préserve l'esprit du geste.
- Privilégiez le local. Imprimer en Île-de-France, c'est garder la main sur la qualité et la relation humaine.
Dans un monde de production ultra-rapide, ces ateliers rappellent une évidence : un vêtement imprimé à la main porte une histoire. Et quand cette histoire vient d'Afrique, elle se porte avec une fierté tranquille, du lundi au dimanche.



