Il y a des ateliers où l'on entre par curiosité et d'où l'on ressort avec une assiette entre les mains et une histoire en tête. Celui d'Awa, céramiste afro installée dans le 11e arrondissement de Paris, fait partie de ces lieux. Ici, l'argile se travaille à la main, se teinte de motifs inspirés d'Afrique et se pose, encore tiède, sur les tables de la diaspora urbaine. Rencontre avec une artisane qui a fait de la terre son langage.
Un atelier parisien, une mémoire africaine
L'atelier ressemble à ce que l'on imagine d'un lieu créatif parisien : de grandes fenêtres, des étagères en bois brut, des pièces en cours de séchage posées sur des planches. Mais ce qui saute aux yeux, ce sont les couleurs. Des bols aux bords irréguliers, des vases aux lignes graphiques, des tasses où se dessinent des motifs géométriques qui rappellent les tissus kente, les bogolan ou les poteries anciennes.

Juste Une Danse Paris 2026 - Festival des danses traditionnelles africaines
31 octobre 2026
Espace MAS
Juste Une Danse – Festival des Danses Traditionnelles Africaines se tiendra le 31 octobre 2026 de 12h à 18h. Cette journée culturelle mettra à l’honneur les danses traditionnelles africaines avec le ballet Zaouli de Côte d’Ivoire et le spectacle « De la graine à la vie » du Ballet de la Diaspora Camerounaise. Entre rythmes, traditions et transmission, le public pourra aussi découvrir un espace d’exposition artisanale et une restauration africaine pour une immersion culturelle complète.
Awa ne revendique pas une copie. Elle parle de "clin d'œil". "Je ne reproduis pas un motif traditionnel tel quel, explique-t-elle. Je le décompose, je le simplifie, je le mélange à des formes très contemporaines. Le résultat doit pouvoir vivre dans un appartement parisien sans faire décor folklorique."
Cette approche n'est pas un hasard. Formée aux Beaux-Arts puis passée par plusieurs ateliers de poterie en Île-de-France, elle a longtemps cherché sa place. "Je voulais faire de la céramique, mais je ne me reconnaissais pas dans ce qu'on me proposait. J'ai fini par créer mon propre vocabulaire."
Du tournage à la cuisson : un savoir-faire exigeant
La céramique n'est pas un loisir tranquille. Entre le tournage, le séchage, l'émaillage et la cuisson, il faut compter plusieurs semaines pour certaines pièces. Awa travaille principalement la porcelaine et le grès, deux matières qui exigent de la patience et une bonne dose d'humilité.
- Le tournage : la pièce prend forme sur le tour, entre les mains. C'est l'étape la plus physique, celle où tout peut basculer.
- Le séchage : plusieurs jours, parfois une semaine, à l'abri de la lumière directe.
- La première cuisson : environ 1 000 °C, pour solidifier la terre.
- L'émaillage : c'est là que la couleur et les motifs apparaissent, souvent peints à la main, un par un.
- La cuisson finale : jusqu'à 1 280 °C, pour une pièce durable et alimentaire.
"Chaque étape peut rater, sourit-elle. Un bol peut fissurer à la dernière cuisson après trois semaines de travail. C'est frustrant, mais ça apprend l'humilité."
Des motifs qui racontent, un design qui s'adapte
Ce qui distingue son travail, c'est la manière dont les motifs s'adaptent à l'usage. Un plat à tajine ne porte pas les mêmes dessins qu'une tasse à espresso. Une grande assiette de service laisse plus de place à la composition, tandis qu'une petite pièce appelle un motif plus condensé.
"Je pense toujours à la table, à la main qui va tenir l'objet, au regard qui va le poser sur une étagère ou l'utiliser tous les jours. C'est ça, le design contemporain : ce n'est pas seulement beau, c'est vivant."
Sa clientèle est diverse. Des jeunes actifs parisiens en quête d'objets uniques, des couples qui s'installent, des restaurants qui cherchent une vaisselle signature, et de plus en plus de membres de la diaspora qui veulent offrir ou s'offrir une pièce qui leur ressemble. "Beaucoup me disent qu'ils retrouvent quelque chose de chez eux sans savoir exactement quoi. C'est exactement ce que je cherche."
Un lieu de transmission autant que de création
L'atelier n'est pas seulement un espace de production. Awa y organise régulièrement des ateliers d'initiation, ouverts aux débutants. On y vient en solo, entre amis ou en famille, pour découvrir le modelage, le tournage ou la décoration sur céramique.
"J'aime l'idée que des gens qui n'ont jamais touché d'argile repartent avec quelque chose qu'ils ont fait de leurs mains. C'est une fierté simple, mais puissante."
Elle collabore aussi avec d'autres créatifs : stylistes, chefs, graphistes, pour des séries limitées ou des pièces sur mesure. Une manière de tisser un réseau créatif afro à Paris, loin des cases et des étiquettes.
Pour découvrir d'autres parcours similaires, on peut parcourir toute la rubrique et se plonger dans notre grand guide consacré aux créatifs de la diaspora. Un article à lire également : Portraits d'artisans afro à Paris : ces mains qui réinventent le savoir-faire créatif. Et pour un regard européen, on peut aussi découvrir le Portrait d'un DJ afro à Amsterdam : le passeur de sonorités africaines qui fait danser l'Europe.
Où trouver des céramiques afro à Paris ?
Si vous cherchez une pièce unique, plusieurs options s'offrent à vous. Les ateliers ouverts organisés dans les quartiers créatifs de Paris, notamment dans le 11e, le 20e ou en proche banlieue, permettent de rencontrer les céramistes et d'acheter directement. Les marchés de créateurs, les boutiques de concept stores et les salons dédiés à l'artisanat contemporain sont aussi de bonnes pistes.
Pour les débutants, les cours d'initiation se multiplient dans la capitale. Comptez une à deux séances pour découvrir les bases, et plusieurs mois pour maîtriser le tournage. L'important n'est pas la performance, mais le plaisir de faire soi-même.
Ce que son parcours dit de la diaspora créative
Le parcours d'Awa n'est pas isolé. Il illustre une dynamique plus large : celle d'une génération d'artisans et de créatifs afro qui s'installent en France et en Europe, non pas pour reproduire des modèles, mais pour inventer les leurs. Ils ne demandent pas la permission d'exister dans le paysage créatif parisien. Ils y prennent place, avec leurs références, leur exigence et leur sensibilité.
"Je ne veux pas être une exception. Je veux que ce soit normal. Qu'on voie des céramistes afro à Paris comme on voit des céramistes japonais ou français. C'est juste une question de temps."
En attendant, ses pièces voyagent déjà. Elles se posent sur des tables à Paris, à Bruxelles, à Londres. Elles accompagnent des repas de famille, des dîners d'amis, des cafés du matin. Et à chaque fois, un peu de cette mémoire africaine se glisse dans le quotidien européen. C'est peut-être ça, le plus beau des motifs.



