Dans un atelier lumineux du 11e arrondissement de Paris, les mains d'Adama façonnent l'argile avec une précision héritée de générations. Ce céramiste afro, installé en Europe depuis une dizaine d'années, incarne ce pont entre les techniques ancestrales de son Afrique de l'Ouest natale et les exigences du design contemporain. Son travail, à la fois brut et raffiné, raconte une histoire : celle d'une diaspora qui ne choisit pas entre héritage et modernité, mais les fait dialoguer.
Un héritage transmis au bout des doigts
Adama a grandi au rythme des saisons sèches et des marchés de poterie. « Ma grand-mère modelait des jarres pour conserver l'eau et le mil. Elle n'appelait pas ça de l'art, c'était la vie », se souvient-il. C'est pourtant dans ces gestes répétés, dans le contact quotidien avec la terre, qu'il a puisé les bases de son savoir-faire. Le tournage, le colombin, la cuisson en plein air : il a tout appris avant même de savoir lire.

Foire d'Afrique Paris 2027 - le grand marché africain
6 — 9 mai 2027
Espace MAS
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Arrivé en France pour des études d'arts appliqués, il a d'abord cru devoir « oublier » ces techniques pour embrasser le design occidental. Puis il a compris que sa singularité résidait précisément là : dans cette capacité à faire tenir ensemble deux mondes. Aujourd'hui, il enseigne aussi bien les méthodes traditionnelles que les finitions contemporaines, et son atelier accueille des stagiaires venus de toute l'Europe.
La terre comme langage universel
Ce qui frappe dans les pièces d'Adama, c'est leur dépouillement. Des formes simples, presque archaïques, mais soulignées par des émaux mats aux teintes profondes — ocre, terre de Sienne, vert-de-gris. « Je cherche à retrouver l'émotion des poteries que je voyais enfant, mais avec la rigueur des lignes que j'ai apprise ici », explique-t-il. Ses bols, ses vases et ses luminaires sont pensés pour s'intégrer dans des intérieurs contemporains, sans jamais perdre leur âme.
Il travaille principalement des grès locaux, qu'il mélange parfois à des terres plus réfractaires pour obtenir des effets de surface uniques. Chaque pièce est unique, car chaque cuisson réserve son lot de surprises. « La terre ne ment pas. Elle garde la trace de la main, du geste, de l'instant. C'est ce qui la rend vivante. »
Un processus créatif entre intuition et technique
Le travail d'Adama commence souvent par un croquis, mais très vite, c'est la matière qui reprend le dessus. Il malaxe, pétrit, laisse reposer. Vient ensuite le tournage ou le modelage, selon la forme désirée. Pour les pièces les plus grandes, il utilise la technique du colombin, héritée de son enfance, qu'il combine avec des outils modernes comme le tour électrique ou la plaque de plâtre pour obtenir des parois régulières.
Une fois la pièce façonnée, elle doit sécher lentement, à l'abri de la lumière directe, pour éviter les fissures. Puis vient la première cuisson, dite « dégourdi », à environ 950°C. C'est à ce moment qu'il applique les émaux, souvent préparés maison à partir de cendres végétales ou de minéraux. La seconde cuisson, à plus haute température (entre 1250 et 1300°C), révèle les couleurs et vitrifie la surface. « J'aime ce moment où la pièce sort du four. C'est toujours une rencontre, parfois une surprise, jamais une déception. »
Quand la tradition inspire le design actuel
Adama ne se contente pas de reproduire des formes ancestrales. Il les réinterprète. Ses vases aux cols étroits rappellent les canaris utilisés pour transporter l'eau, mais leurs lignes sont plus épurées, presque minimalistes. Ses luminaires, eux, jouent sur la transparence de la porcelaine et la finesse des parois pour diffuser une lumière douce. « Je veux que mes pièces racontent quelque chose de mon histoire, mais qu'elles puissent aussi vivre dans un appartement parisien ou berlinois sans paraître folkloriques. »
Cette approche lui a valu une reconnaissance croissante en Europe, où son travail est exposé dans plusieurs galeries et concept-stores. Il collabore aussi avec des architectes d'intérieur et des chefs pour créer des pièces sur mesure, de la vaisselle de restaurant aux objets décoratifs.
Transmettre et inspirer
Au-delà de sa pratique, Adama est un passeur. Il organise régulièrement des ateliers ouverts aux débutants, où il enseigne les bases du modelage et de la cuisson. « Beaucoup de personnes de la diaspora viennent me voir parce qu'elles cherchent un lien avec leurs racines. La terre est un excellent médium pour cela : elle est tactile, sensorielle, universelle. »
Il participe aussi à des projets collectifs qui mettent en lumière les créatifs afro en Europe. Pour lui, la visibilité est essentielle : « On existe, on crée, on innove. Il faut que cela se sache. »
Un art de vivre, une philosophie
Pour Adama, la céramique n'est pas qu'un métier : c'est une manière d'être au monde. Prendre le temps, respecter la matière, accepter l'imperfection. « La terre m'apprend la patience et l'humilité. Elle me rappelle que rien n'est acquis, que chaque pièce est un recommencement. »
Son rêve ? Ouvrir un jour un lieu à Paris qui serait à la fois atelier, galerie et espace de transmission, où se croiseraient céramistes, designers et amateurs d'art de toute l'Europe. Un lieu pour célébrer la richesse des métissages, sans nostalgie ni cloisonnement.
En attendant, il continue de tourner, de modeler, d'expérimenter. Et à chaque pièce qui sort de son atelier, c'est un peu de cette double culture qui s'incarne. Un pont de plus entre l'Afrique et l'Europe, entre hier et aujourd'hui.
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