Dans le quartier de Matonge, à Bruxelles, l'effervescence créative ne faiblit jamais. C'est ici, entre les étals de tissus wax et les cafés branchés, qu'un styliste afro-descendant a posé les bases de sa maison de couture. Son histoire, c'est celle d'un héritage culturel qui se réinvente sans cesse, d'un savoir-faire transmis et d'une ambition : habiller le monde avec une élégance qui raconte d'où l'on vient.
Son atelier, lumineux et ordonné, ressemble à un cabinet de curiosités. Des rouleaux de bogolan malien côtoient des coupons de soie italienne, des croquis épinglés aux murs murmurent les prochaines collections. Ici, chaque pièce est pensée comme un dialogue entre les continents, un pont entre les racines et les tendances actuelles. Pour découvrir d'autres parcours inspirants, explorez toute la rubrique.
Des racines et des ciseaux
Né à Kinshasa, arrivé à Bruxelles dans son enfance, notre styliste a grandi avec deux cultures en bandoulière. Très tôt, il observe sa mère et ses tantes, couturières à leurs heures, transformer des tissus en tenues de fête. « J'ai appris à couper, à assembler, à raconter des histoires avec des fils », confie-t-il. Cette transmission informelle deviendra son socle. Après des études de mode à Bruxelles, il refuse les postes confortables dans de grandes maisons pour créer sa propre griffe.
Son premier défilé, organisé dans un petit espace du quartier Saint-Boniface, attire l'attention par son audace : des silhouettes contemporaines, des matières nobles et un jeu de superpositions qui évoque les drapés traditionnels d'Afrique centrale. La presse belge parle d'un « nouveau souffle ». Lui préfère parler de « mémoire en mouvement ».
Un atelier au cœur de Bruxelles
L'atelier, installé dans une ancienne imprimerie, est devenu un lieu de vie. On y vient pour commander une pièce unique, assister à un essayage, ou simplement discuter mode autour d'un café. Le styliste y organise régulièrement des rencontres avec d'autres créateurs de la diaspora, des sessions de conseils et des présentations de collections capsules.
« Bruxelles est une ville-monde. Ici, on peut être pleinement soi-même, mêler les influences sans se justifier », explique-t-il. Cette liberté se retrouve dans ses créations : des vestes structurées aux imprimés inspirés de motifs kuba, des robes fluides aux broderies géométriques, des accessoires en cuir recyclé. Chaque pièce est produite en petite série, dans une démarche éthique et locale.
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Collaborations et rayonnement européen
Son travail ne s'arrête pas aux portes de l'atelier. Il collabore avec des artistes, des musiciens et des maisons de design. Une collaboration récente avec une créatrice de bijoux bruxelloise a donné naissance à une ligne de parures inspirées des parures royales d'Afrique de l'Ouest. Une autre, avec un photographe de mode, a immortalisé ses silhouettes dans les rues de Bruxelles, entre le Palais de Justice et les Marolles.
Ses vêtements se retrouvent dans des concept-stores à Paris, Amsterdam et Londres. Mais il garde un attachement profond à Bruxelles, où il a tissé un réseau solide. « La scène créative bruxelloise est généreuse. On s'entraide, on se recommande, on grandit ensemble », souligne-t-il. Cette solidarité, il la cultive aussi en mentorant de jeunes créateurs issus de la diaspora.
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Un héritage en mouvement
Pour ce styliste, la mode n'est pas une question de tendance éphémère, mais de transmission. Il puise dans les archives familiales, les récits de ses aïeux, les techniques ancestrales. « Le bogolan, le kente, le wax : ce ne sont pas des motifs décoratifs. Ce sont des langages. Mon rôle est de les faire parler au présent », dit-il.
Il travaille avec des artisans au Mali, au Sénégal et en République démocratique du Congo, dans une logique de commerce équitable. Chaque collection raconte une histoire, celle d'un métissage assumé et d'une élégance sans frontières. Ses défilés sont souvent accompagnés de musique live, mêlant rumba congolaise et sonorités électroniques bruxelloises.
Son prochain projet ? Une exposition itinérante qui mêlera vêtements, photographies et témoignages, pour montrer que la mode afro-européenne est une force créative majeure. « Je veux que les jeunes de la diaspora se sentent fiers de leur héritage. Qu'ils sachent qu'on peut être de Bruxelles et de Kinshasa, et que c'est une richesse. »
Conseils à ceux qui veulent se lancer
Notre styliste est aussi un passeur. Il partage volontiers son expérience avec les jeunes créateurs. Voici quelques-uns de ses conseils :
- Ancrer son style dans son histoire : ne pas copier les tendances, mais puiser dans son héritage pour créer une signature unique.
- Soigner son réseau local : Bruxelles regorge d'incubateurs, de pépinières et d'événements mode. Il faut y être présent.
- Travailler en circuit court : privilégier des matières locales ou issues du commerce équitable, et collaborer avec des artisans de la diaspora.
- Communiquer son récit : chaque vêtement a une histoire. La raconter sur les réseaux sociaux, dans la presse, lors de pop-up stores.
- Ne pas avoir peur de se démarquer : la mode afro-européenne est un espace de liberté. Il faut l'occuper pleinement.
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Bruxelles, terre de création
Bruxelles n'est pas seulement une capitale institutionnelle. C'est aussi une capitale créative, où les cultures se croisent et s'enrichissent. Le quartier de Matonge, avec ses boutiques de tissus et ses restaurants, en est le cœur battant. Les institutions comme la Ville de Bruxelles soutiennent de plus en plus les initiatives des créateurs de la diaspora, via des appels à projets et des espaces de coworking.
Notre styliste en est convaincu : « Bruxelles est un laboratoire. Ici, on peut tester, se tromper, recommencer. Et surtout, on peut être soi. » Son parcours inspire déjà de nombreux jeunes créateurs, à Bruxelles et ailleurs en Europe. Il incarne cette génération qui refuse de choisir entre héritage et modernité, et qui fait de la mode un acte de fierté.
Alors, que vous soyez amateur de mode, entrepreneur ou simplement curieux, poussez la porte de son atelier. Vous y trouverez bien plus que des vêtements : une histoire, une vision, et peut-être un peu de vous-même.



